Accueil Santé Risque méconnu après un cancer : une affection 2,3 fois plus fréquente chez les survivants

Risque méconnu après un cancer : une affection 2,3 fois plus fréquente chez les survivants

Par Florence Lebrun

La santé mentale après un cancer mérite autant d’attention que le suivi médical physique, car de nombreuses personnes constatent des difficultés psychiques qui peuvent apparaître longtemps après la fin des traitements.

Ce que révèle une large cohorte danoise suivie près de 30 ans

Des chercheurs ont analysé les dossiers de 289 391 personnes diagnostiquées d’un cancer au Danemark entre 1995 et 2015, puis suivies jusqu’en janvier 2023. Chaque patient atteint de cancer a été comparé à jusqu’à cinq personnes sans cancer appariées selon l’âge, le sexe, le niveau de revenu et l’état de santé général. Les personnes ayant déjà eu un trouble mental avant le diagnostic ont été exclues, ce qui signifie que les diagnostics rapportés dans l’étude correspondent à des problèmes nouvellement apparus après le cancer.

Les résultats montrent que les personnes atteintes de cancer avaient en moyenne 2,3 fois plus de risque de développer un trouble mental qu’un groupe témoin sans cancer. Le sur-risque est particulièrement élevé la première année, où il dépasse douze fois celui observé chez les personnes sans cancer, puis reste supérieur pendant plus d’une décennie.

Quels types de troubles sont surtout concernés ?

Les troubles les plus fréquemment identifiés étaient l’anxiété, la dépression et les troubles liés à l’usage de substances. Les taux variaient selon le type de cancer : les cancers du pancréas, du poumon, de l’œsophage et du système nerveux central étaient associés aux plus fortes occurrences de nouveaux troubles mentaux.

Des différences liées au sexe ont aussi été observées, avec une augmentation relative plus marquée de l’anxiété et des troubles d’usage de substances chez les hommes atteints de cancer dans cette cohorte.

Pourquoi les difficultés psychiques peuvent-elles durer des années ?

La fin des traitements n’efface pas forcément les conséquences émotionnelles et pratiques d’un cancer. La peur de la récidive, des effets physiques persistants, des perturbations sociales et financières peuvent s’installer sur le long terme et maintenir un niveau de vulnérabilité psychologique.

En outre, des troubles mentaux non traités chez des personnes ayant eu un cancer peuvent avoir des répercussions sur la suite des soins médicaux, la durée d’hospitalisation et même la mortalité, ce qui souligne l’importance d’intégrer la prise en charge émotionnelle au parcours de suivi.

Signes d’alerte à surveiller

  • Anxiété persistante liée à la peur de rechute qui gêne le quotidien
  • Perte d’intérêt ou incapacité à ressentir du plaisir
  • Troubles du sommeil récurrents malgré la fatigue physique
  • Retrait social et éloignement des activités habituelles
  • Augmentation de la consommation d’alcool ou d’autres substances
  • Sensation d’engourdissement émotionnel ou fatigue liée à l’humeur

Ces manifestations ne signifient pas un échec personnel. Elles correspondent à des réactions humaines à un stress important et sont susceptibles d’être prises en charge.

Comment et où trouver un accompagnement adapté ?

Le suivi psychologique fait partie intégrante du parcours de soins pour de nombreux survivants. Plusieurs options existent et peuvent être envisagées en fonction de votre situation et des ressources locales.

Parmi les démarches utiles, on peut évoquer le fait d’aborder directement la question avec son équipe d’oncologie pour demander une orientation, rechercher un thérapeute familiarisé avec la maladie chronique ou le cancer, et se tourner vers des groupes de soutien pour réduire l’isolement. Une démarche préventive, par exemple des contrôles réguliers avec un professionnel de santé mentale, peut aider à repérer précocement des signes avant-coureurs.

Limites et précautions à garder à l’esprit

Il s’agit d’une étude observationnelle avec appariement de groupes, utile pour mesurer des associations sur une large période, mais qui ne prouve pas une relation de cause à effet. Les résultats reflètent une population danoise et des pratiques de soins spécifiques à cette période, ce qui peut limiter la généralisation à d’autres contextes.

Enfin, l’élévation du risque observée ne signifie pas que chaque personne ayant eu un cancer développera obligatoirement un trouble mental, mais elle indique une probabilité accrue qui justifie une attention et un suivi adaptés.

Disclaimer Cet article est fourni à titre informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. Si vous êtes préoccupé par votre santé mentale, contactez un professionnel qualifié ou votre équipe médicale.

FAQ

Quel est le risque de trouble mental après un cancer ?

Dans l’étude citée, les personnes ayant eu un cancer présentaient un risque global multiplié par 2,3 de développer un trouble mental en comparaison à des personnes sans cancer. Le risque est particulièrement élevé la première année suivant le diagnostic et reste supérieur pendant plus d’une décennie.

Pourquoi le risque est-il maximal la première année après le diagnostic ?

La première année correspond souvent à la phase de traitements, d’incertitudes et d’ajustements, ce qui augmente la vulnérabilité psychologique. Les réactions aiguës au stress médical et aux changements de vie expliquent en partie ce pic de risque.

Doit-on consulter si l’on ressent seulement une inquiétude ponctuelle ?

Une inquiétude passagère après un cancer est fréquente et parfois attendue, mais si elle devient persistante ou interfère avec vos activités, il est prudent d’en parler à un professionnel. Un repérage précoce permet souvent d’éviter une aggravation.

Les hommes sont-ils plus exposés à certains troubles après un cancer ?

Oui, les données de l’étude montrent une augmentation relative plus marquée de l’anxiété et des troubles liés à l’usage de substances chez les hommes atteints de cancer. Cela plaide en faveur d’une prise en charge adaptée selon le profil individuel.

Combien de temps faut-il surveiller sa santé mentale après un cancer ?

L’étude montre un excès de risque qui peut persister plus de dix ans et jusqu’à 25 ans pour certaines personnes, ce qui suggère un suivi prolongé. La fréquence et la durée du suivi doivent être discutées avec votre équipe de soins en fonction de votre situation personnelle.

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